Grande casse dans la grande distribution !

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Grande casse dans la grande distribution !


La couverture nationale de l’implantation des magasins est arrivée à maturité et a engendré une concurrence entre les enseignes dont la guerre des prix est le signe le plus visible.

Dans ce contexte complexe et difficile, les enseignes de la grande distribution, afin de maintenir un haut niveau de rendement pour leurs actionnaires, font payer à leurs salariés le prix de leurs économies. Baisse des prix dans les magasins, payée par des réductions de personnel, coût de la fidélité pour les clients, payé par une optimisation du temps de travail et une dégradation des conditions de travail, baisse de la marge dûe au poids des promotions, payée par les salariés qui laissent 20% de leur rémunération dans le passage des magasins en location-gérance.

Lorsque les prix baissent chez Carrefour, Auchan ou Leclerc, cela se fait sur le dos des salariés, ce sont eux qui, par la perte de leur emploi, la pression constante sur leurs salaires, ou encore la polyactivité à outrance dans les magasins, payent la guerre des prix entre les enseignes.

Le groupe Auchan a annoncé, le 9 septembre dernier, la suppression de 1.475 emplois dans les sièges et les magasins. C’est le service après-vente qui devrait être le plus impacté avec la destruction de 490 postes. La logistique suit avec 300 postes détruits, les services des ressources humaines sont également impactés par la destruction de 170 emplois, l’administratif avec 166 postes et, enfin, les caisses avec la suppression de 124 postes.

Auchan est le fleuron de la famille Mulliez, de la galaxie Mulliez devrait-on plutôt dire, dont la fortune, 6ème fortune de France, s’élève à la coquette et indécente somme de 26 Milliards d’euros.

De plus le groupe a versé 2 Milliards de dividendes aux actionnaires et a touché de l’état un CICE de 500 millions.

Déjà, l’an dernier, le groupe Auchan s’était séparé de 21 magasins, impactant l’emploi d’environ 700 salariés.

Les restructurations annoncées par le groupe sont faites, paraît-il, afin de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs et des citoyens. Le plan « Auchan 2022 » vise à faire des économies à hauteur de 1,1 Milliard d’euros.

C’est aussi au nom du changement des habitudes de consommation de la population, avec l’arrivée du numérique et des ventes en ligne, que le groupe Carrefour avait entrepris, et entreprend toujours, la casse et le démantèlement du groupe par le plan « Bompard 2022 ».

Ce plan a pour but final la recherche de près de 2 milliards d’économie. Il avait commencé par un PSE (Plan de Sauvegarde de l’Emploi) dans les magasins DIA avec la fermeture de 273 magasins et le licenciement de plus de 1.500 salariés en 2018. Il s’était poursuivi par un PDV (Plan de Départ Volontaire) sur les sièges de 1.400 salariés et par le départ par rupture conventionnelle collective de 3.000 salariés dans les hypermarchés.

Ce sont, en tout, près de 6.000 emplois qui ont été détruits chez Carrefour entre 2018 et 2019.

Il existe de grandes similitudes entre le plan « Auchan 2022 » et le plan « Bompard 2022 » qui visent tous deux à faire des économies sur le dos des travailleurs. Ils cherchent à détruire des emplois, à fermer des magasins et à opérer la mutation des grands groupes de la grande distribution qui faisaient du commerce en de grands groupes propriétaires d’enseignes franchisables qui deviendraient des groupes financiers.

Le changement de mode de consommation des clients n’est qu’un prétexte pour accélérer la mutation des groupes de la grande distribution, pour y étendre la vente en numérique et le déploiement de la robotisation dans les magasins et les entrepôts.

Toutes ces transformations n’ont qu’un seul but : accroître la rentabilité et gaver les actionnaires.

Depuis de nombreuses années, le ralentissement de la consommation, dûe à la baisse constante du pouvoir d’achat, a fait stagner le chiffre d’affaires des grands groupes de la distribution alors que les profits et bénéfices n’ont fait qu’augmenter.

Quel est donc ce miracle ? D’où vient cet argent ?

C’est toujours la masse salariale et les frais de personnel qui ont créé, chez Auchan comme chez Carrefour, les bénéfices de ces dernières années. La variable d’ajustement qui permet de dégager du résultat ce sont les salariés.

La casse dans la grande distribution ne fait que commencer et il n’est pas si loin le temps où l’on ne verra plus aucun salarié dans les magasins. La technologie existe.

Édouard Leclerc veut supprimer l’attente en caisse. Les clients chargeront une application sur leurs Smartphones, scanneront eux-mêmes leurs produits et le paiement se fera automatiquement via l’application.

À Paris, beaucoup de magasins ouvrent le dimanche après-midi sans aucun salarié, juste avec des caisses automatiques et un vigile.

Chez Carrefour Market Massy, un robot circule dans les rayons pour repérer les produits en rupture de stock et préparer les commandes.

La voracité du capital et des actionnaires est sans limite et dévorera tout.

Non contents de recevoir des sommes exorbitantes sous forme de CICE, 500 millions pour le groupe Mulliez, 128 millions en 2019 pour le groupe Carrefour, ils utilisent cet argent pour détruire des milliers emplois.

L’année 2019 a été saignante, Auchan, Carrefour, mais aussi Alinéa dont le redressement judiciaire menace 1.900 emplois, Tati, avec la fermeture de 109 magasins, 1.428 salariés licenciés, La Halle, André…

2020 ne sera pas moins hémorragique, avec à nouveau Tati et la fermeture de son magasin historique de Barbès, Conforama qui a souffert de la crise sanitaire et dont l’avenir pour l’emploi des 9.000 salariés est incertain, Cora et la suppression de 907 emplois, et bien d’autres encore.

Durant la crise sanitaire, les derniers de cordée, les caissières, les caissiers, le personnel des magasins ont assuré la continuité de l’approvisionnement de la population. Au début sans aucune protection, pas même de masques ! Ils ont payé un lourd tribut à la Covid, certains y ont laissé leur vie.

Le remerciement des patrons a été de menacer leur emploi et de détériorer leurs conditions de travail. Les héroïnes et les héros d’hier seront les laissés pour compte de demain.

Ainsi la PDG de l’enseigne Carrefour Market, dans une lettre de remerciements adressée à chaque salarié de l’enseigne, saluait l’engagement de chacun et rappelait que cet effort devrait se poursuivre.

Elle terminait son courrier en évoquant les tendances et transformations du groupe Carrefour, ce qui n’est pas un signe encourageant pour les femmes et les hommes du groupe qui constatent, jour après jour, la réduction des effectifs, la destruction de l’emploi, la pression accrue et la dégradation de leurs conditions de travail, et déplorent de n’être que des pions sur l’échiquier Bompard, étant vendus avec les magasins au gré des passages en location-gérance.

La note optimiste de la fin du courrier a bien fait grincer des dents dans les magasins. La direction annonce qu’elle a accrue la productivité pendant la crise sanitaire, étant donné que les magasins ont démontré qu’ils pouvaient faire plus en étant moins nombreux, il n’y a pas de raison que cela cesse ! Ce qui présage que durant la saison estivale, ils vont en baver…

Le seul enseignement de la crise a été pour les patrons, qu’ils pouvaient faire encore plus de profits avec moins de bras et que l’on pouvait interchanger les salariés, tout le monde faisant tout et n’importe comment. La caissière faisant du drive ou de la charcuterie, le boucher faisant de la caisse ou du drive, la charcutière faisant à la fois la charcuterie, le fromage, le poisson ou encore la boucherie.

La polyactivité au service de la polycompétence, tout cela sans augmentation de salaire, sans reconnaissance des métiers, tout cela au nom de la rentabilité.

Les accords de performance collective ne sont pas bien loin, et il ne sera pas très difficile de faire signer ce genre d’accord qui détruit les acquis et fait reculer les droits des salariés, lorsque les organisations syndicales seront affaiblies par un rapport de force qui diminue de jour en jour, les magasins passant de plus en plus en location-gérance. Le poids pour négocier n’est pas le même avec 100.000 salariés dans un groupe et moins de 50 dans un magasin franchisé.

Dans son assemblée générale du 17 juin 2020, le groupe Casino détaille plusieurs mesures spécifiques liées à l’épidémie de la Covid-19. Parmi elles : l’accélération de l’encaissement automatique, l’augmentation des capacités de livraison à domicile, du « click & collect » et du drive. Ce n’est qu’une nouvelle étape d’une stratégie de « digitalisation du parcours clients » entamée depuis plus longtemps : en février et mars 2020, 45 % des paiements en hypermarchés et 36 % en supermarchés Casino ont été réalisés par smartphone ou en caisse automatique. Sur les deux derniers mois de 2019, l’enseigne loue également « une forte pénétration de l’application digitale Casino Max avec 20 % du chiffre d’affaires généré par les utilisateurs ». Objectif affiché lors de l’assemblée générale des actionnaires du groupe l’année précédente : « Atteindre 40 % du chiffre d’affaires réalisé par les utilisateurs de l’application Casino Max en 2021 ».

La disparition du métier de caissière est programmé à l’horizon 2040-2050, ce sont près de 250.000 emplois qui disparaîtront.

Notre responsabilité est de proposer des solutions alternatives, de proposer l’émergence de nouveaux métiers, de repenser la grande distribution de demain avec des emplois de services et d’accueil qui feront que nos magasins ne seront pas les coquilles froides et déshumanisées, sans aucun salarié qu’appellent de leurs vœux les patrons de la distribution.

La crise a accéléré la mutation des grands groupes de la grande distribution et elle leur a servi de prétexte pour taper encore plus fort sur les travailleurs.

L’attaque du capital se fait sur deux fronts : celui de la destruction des emplois et le recul de nos acquis.

La France, au sortir de la première vague du Coronavirus, a vu son PIB chuter de plus de 11%. La seconde vague le fera chuter de plus de 14%. Le taux de chômage devrait exploser avec l’arrivée de 700.000 jeunes à la recherche d’un premier emploi et la fermeture de nombreuses entreprises.

Les patrons vont vouloir se servir de cette crise que le gouvernement a lui-même créé avec le confinement pour réaliser leur rêve le plus cher, détruire le code du travail.

Le MEDEF préconise qu’il va falloir en venir à une libération totale du droit du travail afin de permettre aux entreprises de manœuvrer du mieux possible pour assurer leur survie.
Déjà, Agnès Lo Jacomo, présidente du MEDEF île-de-France, n’avait pas hésité à déclarer, à l’occasion de la parution du rapport Combrexelle : « Notre code du travail, au lieu de protéger les salariés, détruit de l’emploi ». C’était en janvier 2015, bien avant la crise sanitaire !!!

La loi du 18 mai 2020, la loi d’urgence sanitaire avait déjà bien entamé les droits des salariés, la semaine pouvant aller jusqu’à 48 heures, la modification des dates des congés payés des salariés et le renouvellement quasi illimité des CDD.

Les patrons de la grande distribution ont profité largement du confinement pour s’en mettre plein les poches. C’est sans doute pour cela qu’ils n’ont proposé, le 15 octobre, qu’une augmentation de la grille des minima conventionnels à un centime au-dessus du montant du SMIC. Cette aumône montre le mépris des patrons envers leurs salariés.

Les salariés des magasins n’ont rien à espérer des patrons, ce n’est que par la lutte et la création d’un rapport de force à la hauteur des enjeux que nous pourrons les faire plier.

Dans les prochains mois, d’autres lois destructrices viendront affaiblir nos droits et les salariés de la grande distribution seront en première ligne et seront les premières victimes des destructions à venir.

Nos revendications de réduction du temps de travail à 32 heures et du SMIC à 1.800 euros prennent toutes leurs places et doivent être entendues.

La seule réponse des travailleurs face à ces attaques, et nos seules revendications doivent être et ne peuvent qu’être : aucun licenciement et aucun recul de nos acquis. C’est sur cette seule base que nous réussirons à freiner et à stopper la menace qui pèse sur les salariés.

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