Questions à Marie-Christine ARIBART, déléguée syndicale centrale CGT de MONOPRIX

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Questions à Marie-Christine ARIBART, déléguée syndicale centrale CGT de MONOPRIX


Le Comité d'Ille-et-Vilaine du Parti Ouvrier Indépendant Démocratique a interviewé Marie-Christine Aribart, DSC CGT de Monoprix.

Retrouvez l'article original : https://poid-35.fr/2018/questions-a-marie-christine-aribart-deleguee-syndical-central-cgt-de-monoprix/

 

"Question : Au terme d’un marathon juridique, les Conseils des Prud’hommes de Rennes, Nîmes et de Clermont-Ferrand viennent de rendre des jugements qui donnent raison à l’obstination du syndicat CGT Monoprix et au courage des salarié.e.s qui les avaient saisis. Précise nous cela.

Réponse Il y a d’abord la question de la Prime d’Objectif Performance (POP) mise en place de façon unilatérale par la direction générale de Monoprix pour lutter, selon elle, contre l’absentéisme. Cette prime trimestrielle est attribuée aux salarié.e.s, le montant de la POP est calculé par un rapport entre le Chiffre d’Affaires Budgété et le Chiffre d’Affaires réalisé. Si ils ont été absent.e.s pour maladie plus d’un jour pendant le trimestre, les salarié.e.s ne la perçoivent pas. Les trimestres où elle est attribuée, la prime varie entre 0 euro et 100 euros. Nous nous sommes vite aperçu.e.s que la Direction prenait en compte les jours de grève ainsi que les arrêts maladie pour l’attribution de la POP, ce qui constitue une discrimination. La direction a refusé d’entendre les protestations de la CGT ne laissant d’autre solution que la saisine des Conseils de Prud’hommes. C’est ce qu’ont fait des salarié.e.s des magasins de Clermont-Ferrand, Nîmes et Rennes, avec le soutien de la CGT. Cela a donné lieu à un marathon juridique de 4 ans, en partant des Prud’hommes, puis la Cour de Cassation, puis à nouveau les Prud’hommes, pour une victoire nette pour tous les dossiers. Le Conseil de Rennes condamnant au surplus Monoprix pour résistance abusive.

Pour comprendre l’acharnement des salarié.e.s, il faut savoir qu’une caissière est embauchée à 1498 euros brut pour 35 heures et que la majorité est à temps partiel, souvent 24h ou 30h, cela fait des salaires net très inférieurs à 1000 euros, tu ajoutes que les nouveaux contrats de travail répartissent la semaine sur 6 jours ce qui entraîne des frais supplémentaires, alors si tu es seule avec un enfant, tout compte, y compris la POP. Les salarié.e.s ne vivent pas de leur salaire, ils survivent.

 

Question : Il y a aussi la prime d’ancienneté et le travail de nuit.

Réponse : En effet la Cour d’Appel de Rennes a confirmé que Monoprix ne devait pas impacter la prime d’ancienneté dès lors que les salarié.e.s avait une baisse de contrat. Cette prime était figée depuis 2000. Ces victoires individuelles devant les juridictions, POP et prime d’ancienneté, nous voulons maintenant les étendre à tou.te.s les salarié.e.s et nous allons saisir le TGI pour contraindre la direction.

Pour le travail de nuit, tout commence en 1998, car Monoprix prend la décision de fermer à 22h. Aujourd’hui, les conditions de travail sont dégradées, il y a un manque d’effectif criant dans tous les magasins, à Rennes il faudrait 8 équivalents temps plein en plus. Je n’ai jamais vu un bazar pareil. Il y a de plus en plus d’arrêts de travail et ils sont de plus en plus longs. Ce n’est plus possible de faire toujours plus avec moins de moyens.

Un accord est négocié 2006 et un avenant en 2009, « l’accord et l’avenant est réputé non écrit », la CGT use de son droit d’opposition. En 2013, Monoprix négocie un nouvel accord avec la CFDT, la CFE-CGC et FO. Nous avons fait un droit d’opposition car nous étions une organisation majoritaire ; Monoprix a été condamné lourdement à payer 750 000 euros. En 2016, un nouvel accord qui a été immédiatement signé avec la CFE-CGC et la CFDT et donc le 7 septembre 2018, la Cour d’Appel de Paris a de nouveau annulé cet accord et interdit sous peine d’astreinte de 30 000 euros d’amende par infraction constaté à l’ensemble des Monoprix de Paris, y compris ceux qui se trouve en Zone Touristique Internationale (ZTI) de travailler après 21h... Et le comble de cette histoire, la Direction a relancé immédiatement des nouvelles négociations pour un nouvel accord sur le travail de nuit !!! Et sur le travail en soirée dans les ZTI pour éviter ces fermetures.

Alors le travail de nuit, c’est toujours NON !

Il va vraiment falloir qu’on se rassemble, ne pas rester isolé.e.s, Monoprix ici, Carrefour là, etc. Hier j’ai été contactée par des IRP de CORA, ils ont débrayés massivement contre le travail du dimanche. Je suis DSC depuis 2013, nous rencontrons tou.te.s les mêmes problèmes, ça ne peut plus durer ! Il ne faut plus rester seul.e dans son coin.

 

Question : Il y a aussi les menaces sur l’emploi et les acquis.

Réponse: Suite à la condamnation sur le travail de nuit, au CCE du mois de juin, le PDG Régis SCHULTZ s’est permis de dire « je vais convoquer les organisations syndicales, il va falloir voir comment on va faire pour fermer les magasins », comme si c’était le rôle des syndicats de l’aider à fermer les magasins. En plus, il y a la menace pour 90 magasins de passer sous franchise, avec toutes les pertes d’acquis que ça signifie pour les salarié.e.s. En fait il y a un sérieus problème d’endettement du groupe Casino, la dette est de 4,1 milliards et donc Monoprix contribue à ce désendettement en vendant les murs de certains magasins. Les salarié.e.s ne comptent pas, ce ne sont que des matricules, mais nos grands dirigeants oublient que la richesse est créée par le travail des salarié.e.s. C’est la même chose qui se passe chez Carrefour, pourquoi ne pas se battre ensemble ?

 

Question : Avec l’attaque du gouvernement sur les retraites, on a l’occasion d’unir le public et le privé pour bloquer ce projet.

 Réponse : La retraite, on y arrive et on ne s’y retrouve plus, c’est vrai que c’est une occasion d’y aller tous ensemble, mais ce ne sont pas des journées d’actions comme on fait depuis des années qui suffiront à faire reculer le gouvernement. Nous avons un Président dédaigneux, avec les salaires de misère que nous avons dans la grande distribution, alors quand nous serons en retraite, notre misère sera encore plus grande."

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