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échanges n°388, Avril-Mai 2020 en version PDF


Depuis le début de l’année, le Covid-19 marque de son empreinte l’ensemble des activités des pays de la planète, et pour certains avec une extrême violence. Le nombre de personnes atteintes dans le monde a dépassé les 3,5 millions, dont près de 250.000 décès. En France, c’est 135.000 personnes qui ont été touchées, pour plus de 25.000 décès.

Evidemment, il est raisonnable d’avoir des doutes sur la réalité des chiffres, qui sont sûrement plus élevés que ceux qui sont officiellement communiqués. Des analyses tendent à estimer le taux de contamination à hauteur de 10% de la population, ce qui reviendrait à supposer par exemple que, dans la grande distribution, 65.000 salarié.es sont porteurs du virus ou ont été touchés.

Si cette crise sanitaire nous amène à devoir porter des masques, elle en aura fait tomber aussi quelques-uns. Il faudra se souvenir que, quand le nombre de cas de contamination explosait en Europe, la Chine et Cuba proposaient aux différents gouvernements d’envoyer des équipes de soignant.e.s, et que beaucoup ont décliné la proposition.

Nous entendons beaucoup parler de la « relocalisation » d’activités et de productions, pour retrouver une autonomie sanitaire. Il faut être prudents car c’est souvent sans aucune préoccupation pour les dégâts sociaux engendrés dans les pays ciblés, y compris pour faire accepter des augmentations de prix finals aux consommateurs qui profiteront aux multinationales. Or ce sont elles les responsables des délocalisations encouragées par les États.

Pour comprendre la situation, il peut être utile de se replonger dans les mois qui ont précédé l’apparition du Covid-19. Partout dans le monde, des populations, des travailleurs, se révoltent contre le fonctionnement capitaliste de la société qui engendre une paupérisation mondiale généralisée, la réduction à l’état de produit du travailleur, la soumission volontaire de l’être humain au principe selon lequel tout doit se vendre, et tout doit pouvoir être acheté.

En France, depuis 2016 contre les Lois Macron, Rebsamen, El Khomry, puis l’irruption des gilets jaunes fin 2018, et les grèves et manifestations contre le projet de réforme des retraites depuis décembre 2019, le climat social devenait bouillant.
La situation évoluait juste avant le confinement vers un rassemblement de forces progressistes, dont la CGT, pour préparer une alternative à la folie ultra-libérale qui détruit méthodiquement les conquêtes de droits successives de la classe ouvrière depuis plusieurs décennies.

La constante, dans ces situations mouvantes, c’est la volonté du patronat, et de ses valets au pouvoir, de profiter de chaque possibilité qui se présente pour déréguler tout ce qui peut l’être, à commencer par le droit du travail, qui n’est rien d’autre à leurs yeux qu’une entrave à la maximisation de la profitabilité, à l’accaparation par une poignée d’individus de la valeur ajoutée crée par letravail de toutes et tous.

 Il suffit de confronter les mesures prises en soutien aux travailleurs aux mesures décidées en soutien aux entreprises. L’action économique du gouvernement est centrée sur le soutien aux entreprises et aux détenteurs de capitaux. En même temps, ce n’est pas comme si c’était une nouveauté dans nos analyses.

Il faut bien entendu faire la différence entre l’épicier dont le propre emploi est menacé par la fermeture de son établissement, de la chaîne de supermarchés dont les propriétaires et actionnaires se servent pour capter des fonds publics. Les pertes de CA pour les entreprises de nos branches ne signifieront pas forcément un ralentissement de l’enrichissement de leurs propriétaires, mais sera l’argument idéal pour justifier toutes sortes d’attaques contre le monde du travail.

Une austérité renforcée est dans l’esprit de ceux qui nous gouvernent, en témoigne par exemple l’interview du ministre de l’économie et des finances, Bruno Lemaire, au quotidien Les Échos, commentée par celui-ci comme annonçant « de la sueur, du sang et des larmes ».
Le bras de fer économique et financier va se doubler d’un bras de fer sur le modèle de développement et les systèmes de valeur, avec la question cruciale des services publics et des pouvoirs des salariés et populations sur l’utilisation de l’argent.
La stratégie du gouvernement Macron est claire : masquer ses carences dans la gouvernance du pays et se désengager de ses responsabilités en la faisant porter sur les parents, sur les salarié.es, sur les collectivités locales. Ce qui est merveilleux, c’est qu’ils n’ont honte de rien, et profitent d’être au pouvoir pour préparer une loi d’amnistie future de leurs agissements actuels.

Pour autant, les militant.e.s de la CGT portent une grande responsabilité dans ces temps de confusionnisme idéologique et de déstabilisation sociale.

Notre Fédération n’a pas chômé pendant le confinement, et les conditions de reprise d’activité dans nos champs professionnels, la protection de la santé des salarié.es, les destructions d’emplois qui sont pressenties ou déjà annoncées promettent des lendemains qui hurlent. Il n’a jamais été aussi urgent et vital pour notre classe de devenir les décideurs du fonctionnement de notre société.

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